Le saviez-vous ? Aux Etats-Unis et au Royaume-Uni les collégiens et les lycéens sont formés aux bases de l’écriture de fiction.

Les médias français ont largement repris et publié sur les mauvais chiffres des jeunes Français et la lecture de l’étude réalisée par le Centre national du livre.
Alors, cet apprentissage c’est surement une piste qui gagnerait à être connue pour modifier les programmes du Français à l’école.
Si le problème ne venait pas de notre rapport à la lecture mais plutôt de celui à l’écriture ?
Dans un article un peu ancien publié sur son site en 2020 que je vous incite à lire, l’école Les Artisans de la Fiction fait le panorama de cette pédagogie anglo-saxonne qui a fait ses preuves.
Nous avons tous, je crois, des souvenirs plus ou moins douloureux de ses exercices d’analyse de l’oeuvre de Molière ou Balzac (ah La Peau de Chagrin ! ) sur les bancs du collègue, puis du lycée (Rabelais). Quand je voulais simplement m’immerger dans une histoire, on me demandait d’en découvrir le sens caché, la portée de telle ou telle métaphore, de la comparer avec une autre oeuvre d’une autre époque. Un travail certes qui servait à acquérir une culture générale, un esprit d’analyse mais qui au fond nous privait de l’essentiel le plaisir de lire, la curiosité, l’accessibilité de l’écriture de fiction.
On en faisait tellement sur ces chefs d’oeuvre de littérature que l’idée même d’écrire une histoire était d’emblée inabordable, sauf à ne pas avoir peur du ridicule bien sur.
Alors qu’aborder le Cousin Pons, ou même Molière par l’histoire aurait surement était bien plus amusant. Car c’est prouvé le cerveau apprend mieux en s’amusant.
Attention ! Je vous vois venir : organiser des ateliers d’écriture à l’école, cela existe déjà parfois de manière ponctuelle. Les enseignants proposent cette activité. Les écrivains interviennent dans les écoles. Mais cet enseignement anglo-saxon n’a pas grand chose à voir avec les ateliers d’écriture que nous connaissons en France.
Il ne s’agit pas d’apprendre à écrire une fiction, cela ne s’apprend pas disent tous ces auteurs-enseignants anglo-saxons.
Pour eux, impossible de transmettre une méthode, une technique, le vrai bénéfice se situe plutôt du coté de l’encouragement et de l’accompagnement pour que le jeune auteur trouve sa propre façon d’apprendre, et simultanément sa propre écriture.
De la technique, il est tout de même question au début de l’apprentissage au collège, les enfants apprennent les notions de fil narratif ou d’intrique. Ils apprennent aussi à lire avec des yeux d’écrivain, pour identifier les mécanismes. Arrivés au lycée ils possèdent déjà les bases du mécanisme.
Personne ne juge
Ceci étant, le principal pilier de cette pédagogie repose sur le partage entre les élèves. Lors des temps de restitution des textes, personne n’a le droit de juger. L’auteur du texte se contente d’écouter la discussion, il ne doit pas répondre aux échanges. Les discussions portent sur des points techniques tels que la forme du chapitre, l’arrivée d’un personnage.
Dans un atelier de creative writing les partages ne peuvent pas être des discussions comme : tes phrases sont trop longues, tiens tu aurais du mettre une virgule ici, je trouve que… je pense que… Non il n’est jamais question de donner son avis.
Mais plutôt, « Ce que je retiens de ton texte c’est le rythme poétique d’un passage, le caractère mystérieux du personnage, cela me fait penser à … »
De la bienveillance, et de l’analyse narrative. Faire des retours sur les textes des autres est toujours bien plus enrichissant qu’on ne le pense; à condition bien entendu que ce retour soit bien cadré par l’animateur du groupe.
Ainsi l’écriture de fiction est une voie royale pour réconcilier les jeunes avec la lecture. Peu importe la forme, l’orthographe, la syntaxe. Peu importe si l’histoire qu’il va créer prend la forme d’une histoire orale, un conte, un slam, une vidéo sur tiktok, un scénario. Ce qui importe c’est le plaisir de créer.
Tout le monde sait raconter
Demandez à un ado de vous raconter une bonne blague ou un événement du quotidien ? Tu te souviens de mon copain Théo, eh bien hier je l’ai croisé dans la rue, et tu ne devineras jamais avec qui il était ? N’est-ce pas là l’amorce d’une fiction. Nous savons tous raconter des histoires ! C’est certain !

Il suffirait de trouver cela amusant et de réveiller nos adolescents en leur donnant l’occasion et le temps de créer. Et hop ! Ouvrir un livre pourrait devenir une exploration ! Et pourquoi pas alors imaginer que notre jeunesse se précipiterait dans les librairies et les bibliothèques.
3 heures de creative writing et 1h de littérature. Ne serait pas une autre façon de voir les choses et de promouvoir l’écriture et la lecture et tous les bénéfices qui en découlent ? Alors, une petite et énième réforme des programmes en faveur de l’écriture de fiction ?
Il y a plein d’autres pistes. On aura beau développer des actions de promotion tout azimut de grande qualité, on ne peut pas forcer qui que ce soit à lire, ni à écrire.


