Ah ! Le Havre. Toute une histoire ! Pour son dernier recueil de poésies, Mathieu Amans a fait du Havre cette amie fidèle avec qui l’on peut bavarder, se confier, la glorifier, parler un peu mais pas trop fort.

Le Havre, comme une famille et une maison, avec ses pièces, ses sœurs, ses neveux, ses frères, et ses morts. Un habitat poétique dans lequel nous croisons Mag, Clo, Idir, Médine, Carine, Michel, Olivier….
C’était une évidence pour la Fabule de démarrer la série avec Fabuleux Havre. L’association a aussi pour vocation de promouvoir la littérature et les auteurs. Régulièrement, nous publierons sur le site quelques articles, mettant en avant sur les autrices et auteurs havrais. Mathieu Amans est un poète havrais, slameur, un éditeur associatif avec Lignes d’Horizons, un militant de la langue qui sonne, un amoureux du Havre.
En ouvrant le Fabuleux Havre de Mathieu Amans, (éditions Porte 7) le récit nous emmène en randonnée poétique, à l’image du Kwai rouge que Mathieu Amans trimbale partout. Dans les rues reculées, les appartements, les bars, les escaliers, le bord de mer et le port. Des lieux que l’auteur fréquente, arpente, des lieux touristiques et des lieux reculés.
Une héroïne
Les textes en majorité en prose font le portrait de la ville. L’auteur nous prend par la main ; relie ses souvenirs personnels. Parfois c’est un flux intérieur de pensée qui nous fait sauter d’un lieu à l’autre. Ainsi, les poèmes deviennent alors une ode à cette héroïne portuaire, brute, silencieuse si attachante. Pas de commentaires, mais des tableaux des paysages ,de jour, de nuit, et des mots doux. Pas de doute, Le Havre est une femme. Le livre se termine avec des infidélités à sa dulcinée (nul n’est parfait). Marseille, Paris, et dans son pays natal l’Aveyron. Loin de son Havre, ma dernière pensée s’envole vers toi.
Les figures locales
Mais au-delà des pas de côté et des quartiers, l’auteur dresse le portrait de Havraises et Havrais, chers à son cœur. Des personnalités qui animent la ville et qu’il admire, des figures locales ou anonymes. Leur point commun avec Mathieu Amans : la générosité et leurs âmes poétiques, leurs liens avec la belle.
Sous le texte parfois, quelques indices pointent la colère sourde de l’auteur contre les dégâts et les gâchis tous azimuts des hommes. Une sorte de nostalgie des mondes disparus dans laquelle la destruction totale apparaît en creux.
Et du Petit Poucet, je n’ai pas vraiment l’âge
Si seulement Perret avait vidé la plage
De tous ces ronds galets j’aurais suivi tes pas
De ceux qui sont allés voir la fin sans trépas
Sous l’odeur de café plane la trace sanglante des négriers sur la ville ; le sang souillant le sceau des crimes qu’il commit !
Les ombres havraises
C’est avec tendresse, que l’auteur s’adresse à sa belle martyre, et dessine ; son imaginaire s’habille des cendres de l’ancienne ville, celle d’avant les bombardements. Ce mélange, ce paradoxe qui traverse tous les poèmes et les textes est touchant. Cette sensation d’apercevoir un envers sombre qui ne dit pas son nom, des ombres planent sur les lieux. Est-ce l’amertume du poète ou celle de la ville ? Les paysages s’infiltrent dans nos pensées, la forgent. Jusqu’à nous soigner, le poète se lave dans les flots : Le Havre tu me soignes de tes pouvoirs de sorcellerie bénéfiques.
Madness
Ce que fait la ville fait sur nous ? La folie ou la rage ? Se dresse alors le visage épais et moqueur de Madness (c’est sous ce nom que les plus anciens l’ont connu), le poète havrais disparu. Mag ne faisait rien d’autre que d’écrire dans des cahiers grand format dont les pages finissaient par se détacher et devenir volantes. La poésie sauvera le monde, disait Jean-Pierre Manchette. Elle sauve Mathieu de la noirceur, apaise sa colère.
- Fabuleux Havre, Editions Porte 7 https://www.lapetitelibrairiedanton.fr/product/show/9791098214042/fabuleux-havre
- Lignes d’Horizons https://76lignesdhorizonsi.wixsite.com/lehavre

